L’estomac des tortues et des poissons n’est pas le seul endroit où l’on pourrait retrouver des micro-plastiques. Une étude phare menée en 2018 a également permis de détecter la présence de ces micro-plastiques dans le corps humain. En effet, les minuscules morceaux de déchets qui servent de polluant aux océans et mers atteignent la chaîne alimentaire humaine d’une certaine façon. Selon les chercheurs, 50% de la population au minimum ont des particules de plastique dans leurs systèmes digestifs.

Émergence de l’homo plasticus

Longtemps encore, tout au début de l’histoire de l’humanité, l’on faisait face à l’âge de bronze puis à l’âge du fer. Actuellement, il semblerait que nous soyons au cœur de l’âge du plastique. Celui-ci est présent partout : allant des vêtements aux emballages, vers les aliments et les boissons que nous consommons régulièrement.  Une nouvelle espèce d’humain fait son apparition : l’homo plasticus. Avec son caractère léger et résistant, il serait difficile d’imaginer le quotidien d’aujourd’hui sans plastique. Ce matériel qui semble indispensable et qui facilite la vie humaine possède toutefois des effets dévastateurs. Si ces inconvénients ne sont plus à démontrer sur l’environnement, selon de récentes études, les plastiques, en atterrissant dans la chaîne alimentaire, risquent aussi d’influencer la santé humaine. Cette dernière reste toutefois un terrain encore peu exploré.

L’étude phare menée par l’Université de médecine de Vienne

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Une étude menée par l’Université de médecine de Vienne et de l’Agence de l’environnement en Autriche en 2018 a mis en évidence la présence de micro-plastiques dans les selles humaines. L’étude en question a rassemblé huit personnes, dont cinq femmes et trois hommes âgés entre 33 à 65 ans. Ces personnes vivent en Finlande, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Pologne, en Russie, en Japon et en Autriche.  Pendant une semaine, les chercheurs leur ont demandé de noter leurs régimes alimentaires. Ainsi, ils tiennent un journal dans lequel ils relèvent tout ce dont ils buvaient et mangeaient pendant la durée requise. Aucun n’était végétarien et six d’entre eux ont mangé du poisson de mer.

Résultat de l’étude : neuf plastiques détectés dans les selles

À l’issue de la recherche, des échantillons de plastique variant de 50 à 500 micromètres ont été détectés dans les selles des participants. Cette taille équivaut à l’épaisseur d’un cheveu ou plus. Selon Bettina Liebmann, chercheuse à l’Agence autrichienne de l’environnement, ils ont pu détecter neuf plastiques différents dans le cadre de l’étude. Les deux plus fréquents sont le polypropylène, utilisé principalement dans les bouchons de bouteille, et le polyéthylène téréphtalate ou PET, également retrouvé dans les bouteilles. Combinés avec le polystyrène et le polyéthylène, ils représentent ensemble la majorité des particules détectées, soit l’équivalent de 95%. Le « Figaro » précise que 20 microparticules de plastique en moyenne ont été retrouvées dans chaque échantillon de 10 grammes.

Causes de la contamination

Les scientifiques avancent que la présence de ces échantillons serait le résultat des produits de la mer que les volontaires ont consommés, notamment le thon, le homard, les crevettes, …. Les échantillons résulteraient également de la consommation d’aliments emballés dans du plastique et des boissons en bouteilles en plastique.

Autres sources de contamination

Mis à part ceux précités, les participants ont également pu être contaminés par d’autres sources. Les micro-plastiques sont en effet utilisés dans divers produits à des fins spécifiques. Ce sont par exemple les cas des microbilles que l’on retrouve dans la plupart des produits cosmétiques. D’un autre côté, ces micro-plastiques sont également le résultat de la décomposition de morceaux de plastiques soumis à plusieurs phénomènes naturels dont les intempéries, les dégradations et les usures. Ils sont de ce fait présents dans l’air, dans l’eau et les sols. Toutefois, on ne saurait tirer des conclusions précises en raison du caractère réduit de l’échantillon dans le cadre de l’étude.

Dans l’eau

D’après une autre étude, l’eau est polluée par des bouteilles en plastiques. 93% de plus de 250 échantillons d’eau en bouteille de marques testées contiennent des microparticules en plastique. L’eau du robinet n’est pas épargnée. Pour le prouver, une étude a mis en évidence en 2017 que des plastiques sont présents dans 83% des échantillons d’eau provenant d’une dizaine de pays du monde. On trouve 0 à 57 micro-plastiques par litre, avec une moyenne de plus de quatre par litre. Quant à la taille, elle varie de 0.1 à 5 millimètres.

Dans le sol et dans l’air

Une étude suisse a démontré la présence de micro-plastiques dans les sols. D’un autre côté, il ne serait plus surprenant d’avancer que l’air contient également des microfibres en plastique. Ils sont davantage présents dans l’air intérieur que l’air extérieur. Lorsqu’à l’intérieur, ces microfibres proviennent généralement des vêtements et de tous les équipements synthétiques. Il peut s’agir de tapis, de rideaux, de canapé… qui se délitent par frottement. À l’extérieur, l’air est davantage contaminé en micro-plastiques dans les villes bien que les montagnes et la zone arctique ne soient pas pour autant indemnes.

Quel impact sur la santé ?

Les découvertes sont inquiétantes, car les micro-plastiques risquent d’avoir un impact sur la santé par l’intermédiaire du tractus gastro-intestinal. Cela est susceptible d’affecter la tolérance et la réponse immunitaire de l’intestin, notamment en se bioaccumulant ou en facilitant la transmission de produits chimiques toxiques et d’agents pathogènes. C’est notamment ce qu’explique l’étude.

Des conséquences encore méconnues

Selon Alastair Grant, professeur d’écologie à l’université d’East Anglia n’ayant pas participé à l’étude, rien ne prouve que ces particules représentent réellement un danger significatif sur la santé humaine. Il est probable selon lui que seule une petite part de ces éléments atteigne les poumons. Par contre, pour le chercheur principal, Philipp Schwabl, la confirmation que les plastiques atteignent l’intestin humain est particulièrement préoccupante surtout pour les patients atteints de maladies gastro-intestinales. Pour Stephanie Wright, chercheuse au King’s College à Londres, il serait surtout question de savoir si ces plastiques s’accumulent dans le corps.

Pénétration dans les vaisseaux sanguins, le système lymphatique et le foie

Si les concentrations élevées de plastique sont retrouvées dans les intestins, les plus petites particules risquent de pénétrer dans le sang, dans le système lymphatique et même dans le foie. Dans le cadre d’une étude sur les maladies neurodégénératives, des chercheurs ont travaillé sur 47 échantillons de plusieurs organes conservés. Ces échantillons ont été prélevés sur quatre organes « filtrants » du corps, notamment le foie, la rate, les reines et les poumons, les organes susceptibles d’amasser des micro-plastiques. Ces derniers ont été extraits des tissus et analysés par la spectrométrie Raman. On a pu y détecter une douzaine de types de polymères différents.

La nécessité d’une étude élargie

Après l’obtention des preuves confirmant la présence de micro-plastiques chez l’homme, des études supplémentaires sont requises pour évaluer tous les dangers potentiels. Il est fort possible que ces micro-plastiques aient des effets négatifs sur le tube digestif . Toutefois, bien que ces suppléments d’étude soient nécessaires, les chercheurs peuvent estimer en partant du constat que plus de 50% de la population mondiale pourrait avoir des micro-plastiques dans les selles.

Nous mangeons et respirons du plastique

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Une étude canadienne a montré qu’un adulte pouvait ingérer jusqu’à 52.000 microparticules de plastique par an. Si l’on tient compte de la pollution de l’air, ce chiffre risque d’atteindre les 121.000. On pourrait également ajouter quelque 90.000 particules supplémentaires dans le cas où l’on ne consomme que de l’eau en bouteille, selon la revue Environmental Science and Technology. Ces micro-plastiques se retrouvent actuellement partout sur la planète, aussi bien sur les plus hauts glaciers que dans le fond des océans.

L’hyperproduction de plastique

Après la guerre, la production mondiale de plastique ne cesse d’augmenter et de croître chaque année. L’évaluation est telle que plus de 8 milliards de tonnes sont produites depuis les années 50. La majorité d’entre eux, notamment 79%, non encore recyclée et compte tenu de leur dégradation, est encore présente dans les écosystèmes. Ils s’y présentent sous une forme plus ou moins dégradée. Parmi toute la production, environ 2 à 5% des plastiques aboutissent dans les mers et les océans. Une fois qu’ils y sont, les petites particules pénètrent dans la chaîne alimentaire. Elles sont tour à tour consommées par les animaux marins puis par l’homme. Ils sont également présents dans les sels de mer.

Pourquoi doit-on s’en préoccuper ?

Il s’avère que les micro-plastiques peuvent absorber des produits chimiques liés au cancer et à d’autres maladies. Ils les relâchent ensuite une fois qu’ils sont consommés par les animaux marins ou les mammifères. De plus, les micro-plastiques ne sont pas biodégradables. Lorsqu’ils atteignent les océans, ils attirent les toxines et les bactéries d’origine hydrique adhérant à leur surface brillante et ressemblant à celles des aliments. Par conséquent, les poissons, amphibiens, insectes, larves et toutes sortes d’animaux marins peuvent facilement les ingérer. Les plastiques sont susceptibles de bloquer leur tube digestif, soit pénétrer dans la chaîne alimentaire de telle sorte qu’ils finissent dans nos assiettes.

Diverses sources invisibles de plastiques

Tout le plastique n’est pas visible à l’œil nu. Si les micro-plastiques constituent un morceau de moins de 5 mm, les microbilles, elles, sont un type de micro-plastique avec un diamètre inférieur à 1 mm. Les micro-plastiques sont ajoutés de façon intentionnelle à toutes sortes de produits mis à part les exfoliants.

Dans les produits de soins personnels

Très peu de personnes se rendent compte à quel point le plastique est présent dans leur habitude de beauté ainsi que dans leurs soins personnels. Il est toutefois possible de les identifier à première vue. Ils sont notamment présents sur l’emballage du shampoing, du gel douche et de presque tous les produits d’hygiène corporelle et de beauté. Au deuxième coup d’œil et en y prêtant plus attention, on remarquera que l’on a toujours utilisé des produits en plastique sans tenir compte de leur empreinte. Ce sont les cas des brosses à dents, des rasoirs, des lingettes jetables et des cotons-tiges. Plus près encore, on peut remarquer que les minuscules billes de gommage pour le visage ou le corps, ainsi que le fard à paupières contiennent des paillettes en plastique. D’autres produits contenant des polymères plastiques sont aussi :

  •      Les déodorants ;
  •      Les crèmes à raser ;
  •      Les crèmes solaires et les crèmes hydratantes ;
  •      Les produits anti-moustiques ;
  •      Les produits de soins pour bébé ;

Dans certains cas, le taux de plastique présent dans ces produits peut même atteindre les 90%.

Dans les fibres synthétiques

Des vêtements synthétiques tels que les acryliques et les polyesters émettent des millions de fibres microscopiques à chaque lavage. On estime qu’environ un million de tonnes de ces minuscules fibres sont déchargées dans les eaux usées par an, dont plus de la moitié s’évade et se propage dans l’environnement.

Les poudres de pneu

La poudre de styrène butadiène est évacuée dans les égouts, et par la suite dans les ruisseaux, les rivières et les océans. Les voitures ainsi que les camions émettent plus de 20 grammes de poussière de pneu à chaque 100 kilomètres parcourus.

Les peintures

Les déchets issus des marquages routiers, des peintures pour navire ainsi que des peintures de maison contribuent à 10% dans la pollution en micro-plastiques dans les océans. Selon une étude menée, ces poudres de peinture recouvraient la surface de l’océan.

Les micro-plastiques secondaires

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Au minimum 8 millions de tonnes de déchets de plastiques non maîtrisés atteignent les océans du monde, les rivières et les lacs par année. Tous ces sacs, pailles et contenants à emporter rabattent et se fragmentent dans les mers glaciales. Ils se décomposent ensuite en plus petits morceaux pour atteindre les chaînes alimentaires marines et humaines. On a produit plus de plastique dans les dernières 10 années que dans l’entièreté du siècle.

Les fibres synthétiques dans l’air

Les scientifiques commencent actuellement à examiner comment ces fibres microscopiques atteignent l’atmosphère ainsi que leurs rôles en tant que sources de la pollution terrestre et marine. Une étude de 2015 menée à Paris a estimé qu’entre trois et dix tonnes de fibres atteignent la surface de la ville par année.

Sources scientifiques: