Sur la demande du Centre fédéral de contrôle des maladies (CDC), un examen a été initié pour mesurer les avantages de la réduction de la consommation de sel pour la santé. Cette étude est importante suite à une constatation scientifique. Cette dernière a soulevé que les quantités de sel consommées par les Américains ne sont plus considérées comme un risque sanitaire important. 

En effet, un Américain consomme en moyenne ½ cuillère par jour de sel. Initialement, les avis médicaux conseillaient une consommation en dessous d’une cuillère à café par jour. Toutefois, d’après les résultats de cette étude du CDC, nous sommes mieux avec plus de sel que moins.

Nous allons ainsi voir dans cet article comment cette erreur a pu durer aussi longtemps. Nous abordons également quelles sont les véritables préconisations en matière de consommation de sel.

Une forte consommation en sel n’a pas d’incidence sur la santé

L’Institut national des académies de médecine a vérifié et comparé les différentes études concernant la corrélation entre le sel et une mauvaise santé. La majorité des études ont ainsi démontré qu’il n’y a finalement aucune relation entre la forte consommation de sel et les effets sur la santé. 

D’ailleurs, certaines d’entre elles indiquaient qu’un surplus de sel avait au contraire un effet bénéfique. Un exemple d’ailleurs, Gina Kolata du NYTimes a publié un résumé du rapport de cette comparaison et a prouvé que ceux qui consommaient le plus faible taux de sodium avaient plus de chance d’être réadmis à l’hôpital et de décès contre ceux qui consommaient plus de sel.

Une autre étude publiée en 2011 portant sur 28 800 sujets âgés de 55 ans et plus a montré que les risques de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou encore d’insuffisance cardiaque sont les mêmes pour les sujets qui consomment plus de sodium ou moins. En effet, il n’y a pas eu de différence concernant les risques pour la santé sur les sujets qui mange entre ½ et 3 cuillères à café de sel par jour. Que ce soit plus ou moins, les effets et les risques ne changent pas en définitive. 

Au contraire, il est apparu durant cette étude que ceux qui suivaient un régime pauvre en sel pour des raisons médicales étaient plus sujets à une sensibilité à l’insuline, même si les risques pour les maladies dégénératives sont les mêmes. La pire conséquence d’un manque de sel est

Plusieurs sources alternatives de santé ont relayées ces informations, que ce soit dans les publications officielles ou sur internet. Le sel a donc été faussement diabolisé depuis des années. Cela sans qu’aucune relation négative ne soit admise entre une consommation dite en surplus et une mauvaise santé.  

De plus, selon des études récentes, le faible niveau de sel recommandé par le gouvernement pourraient en fait être dangereux.

Pourquoi la communauté médicale a-t-elle laissé cette erreur durer depuis si longtemps? 

Si le débat sur le sel alimentaire est aussi controversé, c’est pour soutenir un avertissement presque universel vieux de plusieurs décennies. En effet, depuis plusieurs années, la recommandation diététique émise par la communauté médicale est d’interdire un excès de sel. Malgré les études et les expériences qui contournent et infirment cette hypothèse, les bureaucrates et les politiciens sont confrontés au dilemme de retirer un des plus anciens commandements alimentaires. 

La communauté scientifique a eu beau affirmé qu’une forte consommation de sel n’entraîne pas d’effets négatifs sur la santé. Le gouvernement de tous les pays ne veut pas mettre en doute une pratique vielle de plusieurs milliers d’années. 

En retour, la majorité des diététiciens et des spécialistes de la nutrition essaient de rester neutres face à ce sujet dit « brûlant ». Certains spécialistes affirment en effet qu’ils ne peuvent pas aller dans le sens inverse du courant. Et cela au risque de choquer et de faire douter de leur expertise. 

En effet, la question est là : faut-il remettre en cause un conseil aussi ancien que réputé valable ?

Les relations causales du sel et de certaines maladies

Une des raisons principales qui a fait que le sel soit diabolisé depuis aussi longtemps est sa relation « causale » avec certaines maladies. Notamment la tension artérielle et les risques cardiaques.

La relation entre le sel et les maladies cardiaques, surtout la tension artérielle, est basée sur une logique presque ancestrale, mais erronée. En effet, toutes les études sur le sel et sur la santé en général reposent sur le fait que la pression artérielle peut légèrement baisser suite à une consommation moindre de sel. 

De là, les études ont lié la tension artérielle et les risques de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. Depuis, tous les messages sont véhiculés pour dire que moins de sel signifie moins de risques de maladies cardiaques. 

Toutefois, l’erreur réside dans le fait que l’hypertension artérielle n’entraine pas forcément un risque de crise cardiaque. Il s’agit plutôt de l’athérosclérose qui désigne la perte d’élasticité des artères. Ces dernières sont bouchées par des dépôts graisseux qui bloquent la circulation du sang. Si ce phénomène apparaît dans le cerveau, c’est de là que vient l’AVC et partant la crise cardiaque. 

Même si l’athérosclérose conduit à une pression artérielle élevée, c’est un simple effet mécanique et non de cause à effet. Lorsque les artères sont plus étroites, il est normal que la pression augmente. Ainsi, l’hypertension artérielle n’entraîne pas un risque de crise vasculaire.

À noter que manger du sel augmente effectivement la pression artérielle en faisant une rétention d’eau qui va gonfler les tissus environnements. Le sel augmente la pression artérielle et l’athérosclérose augmente la pression artérielle. Mais ce sont des mécanismes différents et surtout distincts. 

Cette hypothèse a été confirmée pour la première fois dans une expérience sur des lapins en 1989. Elle est menée par une équipe de chercheurs chevronnés de l’Université de Boston et dirigée par Aram Chobanian. Cette étude a montré les conclusions précitées.

Ainsi, malgré de nombreuses conclusions scientifiques et recherches chez animaux comme chez les humaines, les désaccords sur les effets du sel sur la santé persistent. Toutefois, tous s’accordent à dire que le sodium est essentiel à la santé. La problématique réside dans la dose préconisée.

Le désaccord critique concerne la manière de définir «trop»

D’après les recommandations actuelles, il ne faut pas prendre plus de 2300 milligrammes de sodium par jour. Cela correspond à une cuillère à café. Cette préconisation est revue à la baisse pour les personnes de plus de 50 ans, ramenée alors à 1500 milligrammes, soit la moitié.

L’inquiétude de la communauté scientifique sur le sel résulte surtout de la forte consommation d’aliments transformés qui contiennent trop de sel. Nous avons en effet abandonné depuis longtemps le mode d’alimentation de nos ancêtres herbivore primitif et de graisse naturelle.

Les aliments actuels sont pour la majorité transformés, donc contenant beaucoup de sel. En limitant l’apport de sodium, la politique sanitaire tend à réduire l’apport quotidien pour ne pas tomber dans le « trop ».

Ainsi, ce n’est pas tant lié aux effets nocifs du sel. Mais bien à la consommation actuelle qui rend le sodium quasi-permanent dans notre alimentation. Les aliments en boîte, les surgelés ainsi que les aliments raffinés qui inondent nos tables sont déjà très salés. 

Le tout est donc de savoir ce que « trop » veut dire. Mais là encore, les avis divergents !

Comment résoudre la controverse ?

Certains chercheurs avancent que les études sur la réduction de la consommation du sel en parallèle avec la pression artérielle offrent des preuves suffisantes pour soutenir la politique publique actuelle. Tandis que d’autres essais apportent toutes les preuves pour réfuter cette théorie. Pour faire la part des choses, le sel ne doit pas être éliminé de l’alimentation. 

Plusieurs études ont été menées pour trouver une dose optimale pour la santé et obtenir un consensus sur la recommandation relative au sodium. Un essai dans un environnement contrôlé, au sein d’une population carcérale, est mené à Taiwan. Les apports en sodium sont donc bien régulés. Cette étude ne se termine qu’en 2020, mais devrait fournir toutes les preuves de relation entre le sel et ses conséquences sur les personnes à risque et autres.

Parmi d’autres essais plus modestes, il y a celui de Sodium Injection in Chronic Kidney Disease (STICK) chez 105 participants atteints d’insuffisance rénale chronique et l’essai SODIUM_HF chez environ 1000 patients souffrant d’insuffisance cardiaque.

Ces études visent à obtenir une recommandation reconnue à long terme sur les effets du sodium sur les vaisseaux sanguins et les maladies cardiaques. Les scientifiques devraient alors avoir des preuves impartiales et neutres pour donner une prescription précise sur la dose de sel à consommer par jour. Mais cela va encore prendre du temps.

Ce qu’il faut retenir :

  • Les avis divergents demeurent sur les effets du sodium sur la santé, surtout sur les maladies cardiovasculaires et à plus forte raison la mortalité.
  • Un consensus : il ne faut pas manger trop de sel, surtout pour les hypertendus.
  • La question sur la définition du « trop » reste en suspens.
  • De nombreuses études sont en cours pour obtenir des preuves sur la relation entre le sel et certaines maladies. Elles pourront à terme donner une prescription précise et commune sur la consommation de sel.

Sources et références : 

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7318881/

https://www.washingtonpost.com/news/wonk/wp/2015/04/06/more-scientists-doubt-salt-is-as-bad-for-you-as-the-government-says/

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0939475318303521

https://academic.oup.com/advances/article/5/6/764/4558072

https://www.nature.com/articles/hr2007121.pdf?origin=ppub