L’utilisation des inhibiteurs de la pompe à protons tend aujourd’hui à se faire de façon systématique. Il s’avère pourtant que plus de la moitié de ces usages n’ont pas lieu d’être. Bien entendu, les inhibiteurs de la pompe à protons sont efficaces pour traiter des problèmes gastriques. Toutefois, sur le long terme et à dose excessive, ils exposent à de nombreux risques sur la santé, parmi lesquels le cancer du foie. D’un autre côté, la prise concomitante du médicament avec un autre pour traiter le cancer est particulièrement dangereuse.

Qu’est-ce que la pompe à protons ?

La pompe à protons est une protéine transmembranaire qui assure le déplacement des protons contre leur gradient de concentration. Elle utilise l’énergie que libère l’hydrolyse d’une molécule d’adénosine triphosphate. Son fonctionnement aboutit à la diminution du pH dans les vésicules.

Quand a-t-on recours aux IPP ?

Les inhibiteurs de la pompe à protons sont principalement utilisés afin de réduire la sécrétion d’acide gastrique. Ils sont généralement indiqués en traitement des brûlures d’estomac et du reflux gastro-œsophagien (RGO). 

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Les brûlures d’estomac

Ces brûlures se présentent telle une douleur au niveau de la poitrine, située derrière le sternum. Elles sont généralement la conséquence du reflux acide qui remonte de l’estomac vers la gorge. On peut voir actuellement dans les publicités, divers médicaments pour soulager les brûlures. Il s’agit par exemple du pantoprazole, de l’oméprazole, de l’ésoméprazole ou du lansoprazole. Tous ces derniers sont des inhibiteurs de la pompe à protons ; ils ont pour rôle d’empêcher l’estomac de fabriquer trop d’acide.

Les IPP sont-ils indispensables pour le traitement ?

Généralement, les inhibiteurs de la pompe à protons ne sont pas indispensables pour traiter les brûlures d’estomac. Des études montrent que plus de la moitié des gens qui prennent des IPP n’en ont normalement pas besoin. D’autres médicaments beaucoup moins puissants peuvent être efficaces pour soulager la douleur. Toutefois, dans le cas où la prise d’IPP est nécessaire, il est important de prendre la dose la plus faible possible pendant une période la plus courte possible.

Les alternatives aux IPP

Comme indiqué précédemment, il est possible de soulager les brûlures d’estomac au moyen d’antiacides ou d’autres médicaments moins puissants.

·        Pour les brûlures d’estomac occasionnelles : celles-ci surviennent par exemple à la suite d’un repas copieux et causent beaucoup d’inconfort. Un IPP n’est pas obligatoire dans ces cas, mais un médicament antiacide pourrait faire son effet.

·        Pour les brûlures d’estomac répétées : lorsqu’elles surviennent plus de deux fois par semaine pendant plusieurs semaines, il pourrait s’agir de reflux gastro-œsophagien. Celui-ci se produit quand l’acide de l’estomac remonte vers la gorge, il risque d’irriter la paroi de l’œsophage avec le temps. Dans ce cas, la prescription d’un IPP peut s’avérer utile.

Soulager les brûlures d’estomac sans avoir recours aux médicaments

Il est tout à fait possible de soulager les douleurs liées à la brûlure d’estomac en prenant certaines dispositions. La première est liée à l’alimentation ; les autres sont liés au mode de vie et à l’hygiène de vie.

L’alimentation

Le mieux est d’essayer de découvrir l’aliment qui est à l’origine de la brûlure d’estomac afin de pouvoir l’éviter. Parmi ceux susceptibles d’entraîner la maladie, on cite souvent les boissons alcoolisées, les aliments frits, les mets épicés, l’ail et l’oignon …Par ailleurs, il serait préférable de manger de plus petits repas et d’éviter d’aller au lit après avoir mangé. Cela risque de surcharger l’estomac.

Le tabac

Un des moyens de soulager les brûlures d’estomac , surtout lorsque celles-ci reviennent de manière répétée est d’arrêter de fumer. Des études menées ont permis d’établir que le tabagisme augmente considérablement le risque de brûlure et de reflux gastro-œsophagien.

La perte de poids

Des recherches ont démontré que le fait de perdre quelques kilos contribuerait à alléger les effets de la brûlure d’estomac et du reflux gastro-œsophagien.

Les vêtements

Le lien que les vêtements pourraient avoir avec le soulagement de la brûlure d’estomac peut paraître étrange. Cependant, ce lien existe effectivement. Les vêtements trop ajustés et les ceintures trop serrées risquent en effet de comprimer le ventre. Cette pression étant susceptible d’aggraver la douleur, il serait préférable de porter des vêtements plus amples.

Le mécanisme d’action des inhibiteurs de la pompe à protons

Les pompes à protons caractérisent la cellule pariétale gastrique mais on les retrouve également au niveau des ostéoclastes, du rein, du cerveau et du côlon. Après une administration orale, l’inhibiteur de pompe à protons est absorbé au niveau de l’intestin. Il parvient jusqu’aux cellules pariétales gastriques sous forme non ionisée.

Les bienfaits connus des IPP

Le traitement par des inhibiteurs de pompe à protons offre bon nombre de bienfaits. Il permet notamment la guérison de l’œsophagite de reflux et améliore la mobilité de l’œsophage distal. De plus, le traitement renforce le tonus du sphincter œsophagien distal, ce qui est positif pour la symptomatologie du reflux. D’un autre côté et de façon indirecte, le traitement par IPP peut diminuer de reflux par la diminution du volume de sécrétion gastrique et par la guérison de l’œsophagite. Cela améliore par conséquent la clairance de l’œsophage.

Les effets indésirables et risques associés à l’utilisation des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP)

Pour plus de sécurité pendant la prise d’IPP, il serait préférable d’en prendre une faible dose pendant une durée de moins d’un an. Lorsque cela va au-delà, les IPP comportent certains risques. Ils sont notamment associés à un risque élevé de la fracture de la hanche et une baisse du taux de magnésium dans le sang. Ce dernier est susceptible de provoquer des tremblements, des crampes musculaires et des battements cardiaques irréguliers. D’autres effets et risques d’infection sont également recensés.

Pompe à protons

Les effets rebonds

Mis à part les effets instantanés tels les nausées et vomissements, les diarrhées, les maux de tête, etc., les IPP comportent également des effets indésirables à moyen terme. Cela inclut notamment les effets rebond. Selon une étude menée, on rapporte une augmentation de 50% de la sécrétion acide chez neuf patients, dans 14 jours après l’arrêt d’un traitement de trois mois par oméprazole. Un essai randomisé effectué en 2009 a confirmé l’effet rebond après huit semaines de traitement par ésoméprazole.

Les lésions osseuses

Des études ont montré que le risque de fracture osseuse augmente chez les personnes âgées sous IPP. La production de cet effet est proportionnelle à la dose prise du médicament ainsi qu’à la durée. On présume une malabsorption du calcium pour expliquer ces lésions.

Les infections digestives

L’acidité gastrique occupe une place importante et joue un rôle d’inhibition de la croissance bactérienne. Elle évite la multiplication de colonies dans le tractus digestif et respiratoire dans le cas où on est en présence de reflux gastro-œsophagien. Par conséquent, la modification de la flore intestinale augmente de manière significative les risques d’infections gastro-intestinales.

Les infections respiratoires et la pneumonie

Des recherches ont montré un lien significatif entre l’administration d’IPP et un taux élevé de pneumonie. En effet, les IPP augmentent le nombre de bactéries gastriques, notamment les anaérobies, en inhibant la sécrétion acide. Ils ont également un effet direct sur les leucocytes qui seraient altérés.

La malabsorption et les conséquences métaboliques

Les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent exposer à des hypomagnésémies, à des déficits en vitamine B12 et en zinc. En effet, la suppression d’acide interfère avec l’absorption de vitamine B12 qui est liée aux protéines. En mars 2011, la FDA notifie aux professionnels de santé et au public que des prises à long terme d’IPP sont également associées à l’hypomagnésémie.

Les néphrites interstitielles

Il s’agit d’atteintes inflammatoires de l’interstitium rénal et des tubules, menant à l’insuffisance rénale. La plupart des néphrites interstitielles ont une origine médicamenteuse. Les IPP figurent parmi les substances à risque de les provoquer. Les plus fréquemment impliqués sont l’oméprazole, tandis que les moins impliqués incluent le rabéprazole.

Les risques cardio-vasculaires

La prise d’IPP réduirait, selon une étude, l’efficacité de l’aspirine chez les patients souffrant de coronaropathie. Une autre étude a été menée sur 20 000 patients traités par aspirine en tant que prévention après un premier infarctus du myocarde. Le résultat est tel que ceux qui avaient reçu des IPP présentaient une augmentation d’évènements cardiovasculaires.

Le cancer gastrique

Bien que le lien entre les IPP et le cancer gastrique ne soit pas encore établi de façon concrète, des doutes planent. Diverses hypothèses ont été avancées afin d’expliquer le rôle possible des IPP dans la carcinogenèse gastrique. Ainsi, ils augmenteraient par exemple la concentration en nitrates gastriques, qui sont connus pour être des carcinogènes.

La modification de l’action d’autres médicaments

Les inhibiteurs de la pompe à protons interagissent avec d’autres médicaments que le médecin prescrit couramment. Ils risquent par exemple d’atténuer l’effet anticoagulant du Plavix. C’est un médicament qui intervient en éclaircissant le sang. Lorsque cela se produit, le risque de crise cardiaque augmente et peut éventuellement s’exposer à la mort.

Liens entre les inhibiteurs de la pompe à protons et le cancer du foie

Les IPP sont actuellement parmi les médicaments les plus prescrits au monde. En raison de leur forte inhibition de la sécrétion gastrique, ils ont des effets secondaires à risque chez les patients cancéreux. Leur prise sur le long terme peut être associée à une majoration de risque de cancer. Cela inclut notamment les cancers gastriques, pancréatiques et hépatiques dont les carcinomes hépatocellulaires et cholangiocarcinomes.

Les inhibiteurs de tyrosine kinase, en tant que traitement du cancer de foie

Chez des patients atteints de carcinome hépatocellulaire dont on traite par inhibiteur de tyrosine kinase, il s’avère que la prise concomitante d’inhibiteurs de la pompe à protons est associée à une surmortalité. Cette information est issue des données rétrospectives taïwanaises publiées dans Gut. En effet, les inhibiteurs de tyrosine kinase constituent des traitements standards du carcinome hépatocellulaire avancé, la forme la plus courante du cancer de foie. En supprimant l’acidité intragastrique, les inhibiteurs de la pompe à protons risquent d’altérer leur efficacité. Leur utilisation concomitante est associée à une surmortalité chez les patients souffrant de cancer du poumon.

Effet de l’utilisation concomitante chez les patients atteints de carcinome hépatocellulaire

Une étude a été menée sur des patients hospitalisés pour un cancer primitif du foie entre 2000 et 2017. Ils ont été traités pendant plus de 28 jours par mois, et ce, durant au moins deux mois avec un inhibiteur de tyrosine kinase. On considère comme exposés, les patients ayant pris de façon concomitante un inhibiteur de pompe à protons pendant la même durée. Le critère d’évaluation, choisi par l’équipe taïwanaise à l’initiative de l’étude est la mortalité à un an. Les résultats sont tels que les chercheurs rapportent une surmortalité significative de 30% dans le groupe de patient exposé. Cette surmortalité est en corrélation avec la fréquence d’exposition aux IPP.

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Les IPP favorisent les maladies chroniques du foie

Afin de bloquer les sécrétions gastriques acides et ainsi diminuer les brûlures d’estomac et le reflux acide, de nombreuses personnes prennent des IPP. C’est notamment le cas de l’oméprazole. Des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego ont découvert cependant que la suppression de l’acide gastrique altère les bactéries intestinales spécifiques. Cela favorise les lésions hépatiques et la progression de divers types de maladies du foie chroniques.

Le microbiote intestinal, qu’est-ce que c’est ?

L’estomac produit de l’acide gastrique afin de tuer les microbes ingérés. Prendre des médicaments en vue de supprimer la sécrétion d’acide gastrique revient à changer la composition du microbiote intestinal. Celui-ci regroupe les communautés de bactéries et d’autres microbes qui y vivent. Il peut influencer le risque de souffrir des maladies du foie. Actuellement, il est identifié que l’absence d’acidité gastrique favorise la croissance des bactéries Enterococcus dans l’intestin ainsi que son déplacement dans le foie.

Quand envisager la prise d’IPP ?

On peut envisager de prendre des inhibiteurs de la pompe à protons lorsque l’on souffre de reflux gastro-œsophagien. Il est important de discuter avec un médecin dans les cas suivants :

  • Brûlures d’estomac se font sentir pendant au moins deux fois par semaine et ce, pendant plusieurs semaines ;
  • Aliments refluent souvent dans la gorge ;
  • Les brûlures ne disparaissent pas bien, sauf si l’alimentation change ainsi que l’hygiène de vie. 

Sources et références :

https://link.springer.com/article/10.1007/s00228-020-02854-8

https://www.researchgate.net/publication/339937518_Proton_pump_inhibitors_and_risk_of_liver_cancer_and_mortality_in_patients_with_chronic_liver_disease_a_systematic_review_and_meta-analysis

https://journals.lww.com/jcma/fulltext/2019/10000/use_of_proton_pump_inhibitors_and_the_risk_of.7.aspx

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32172363/